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Energies renouvelables et système hors-réseau en Afrique Subsaharienne : Que se passe-t-il après les projets ?

La décennie 2014-2024 a été déclarée décennie de « l’énergie durable pour tous »
(Assemblée générale des Nations unies, résolution 67/215). 
Selon les données de l’Union Européenne (UE), l’APD (Aide Publique au Développement) du secteur africain de l’énergie s’est multipliée par 6 au cours des 10 dernières années, avec un intérêt particulier aux sources renouvelables (UE, 2016).
L’Union Africaine (UA) a lancé un programme d’envergure continentale : Initiative de l’Afrique sur les Energies Renouvelables (IAER). Elle vise à « accélérer et augmenter la domestication de l’énorme potentiel des énergies renouvelables du continent » à l’horizon 2030 (IAER, 2016).
[…]

La liste des initiatives, programmes et mécanismes de promotion des énergies renouvelables ces dernières années à destination de l’Afrique Subsaharienne est bien longue. Que ce soit à l’échelle internationale, régionale ou nationale, la place de l’énergie dans les efforts de développement connait un engouement sans précédent.

Les EnR sont particulièrement présentées comme la meilleure alternative dans un ensemble de mix énergétique. 

Si certains perçoivent cet entichement comme le syndrome d’une nouvelle préoccupation « à la mode », la conjoncture n’est pas moins inquiétante.

Selon de récentes données des Nations Unies (2017), 2,6 milliards de personnes dans le monde sont tributaires de la biomasse traditionnelle pour cuisiner et se chauffer ; 1,3 milliard n’ont pas l’électricité et, même lorsque des services de distribution d’énergie sont disponibles, ils sont trop coûteux pour des millions de pauvres et les réseaux électriques existants peu fiables. 

Le rapport de la Banque Mondiale, Shock Waves, dirigé par Stéphane Hallegatte, prévoit que d’ici 2030, 100 millions de personnes pourraient retomber en dessous du seuil d’extrême pauvreté à cause du dérèglement climatique.

 La communauté internationale s’est accordée sur le lien entre énergie et les grands défis actuels de l’humanité : le changement climatique, l’élimination de la pauvreté, la migration etc.

L’un des signaux forts est l’objectif 7 des ODD consacré à part entière à l’énergie.

L’Afrique reste le continent le plus touché par la pauvreté énergétique dans le monde. Avec plus de 15% de la population mondiale, elle ne consomme que 3,2% de l’énergie primaire utilisée dans le monde (BP Statistical Review, 2014).

A l’intérieur du continent, l’Afrique Subsaharienne, est la région la plus marginale. 

On estime aujourd’hui à plus de 620 millions le nombre d’habitants frappé par la pauvreté énergétique dans la région (ibid.). 

Dans plus de ¾ de tous les pays d'Afrique Subsaharienne, plus de la moitié de la population dépend de la biomasse solide pour la cuisine et, dans beaucoup d'entre eux, cette proportion dépasse 90% (IAE, 2017).

Par ailleurs, les fractures sociales et les disparités entre les zones urbaines et rurales sont dramatiquement importantes. Les infrastructures de distribution sont quasi-inexistantes dans les villages laissant les populations rurales dans une forme de « survie ». L’usage du bois et du charbon de bois dépasse 90% de l’énergie primaire, ce qui a des conséquences importantes en termes de pollution et de déforestation.

Le lien entre énergie, pauvreté et développement n’est plus à démontrer, surtout dans les zones rurales.

L’énergie est un facteur déterminant pour le développement et la survie des populations rurales : énergie pour la cuisson, conservation des vaccins dans les centres de santé, pompage de l’eau, conservation et transformation des produits agricoles et halieutiques, transport rural de biens et de personnes, développement des AGR, entre autres. 

Mais dans un contexte où l’accès à l’électricité est aléatoire, où la biomasse représente plus de 80% de l’énergie primaire avec toutes les conséquences anthropiques qui en découlent, la satisfaction des besoins fondamentaux est très souvent synonyme d’obstacles et de pénibilité. Le manque d’accès à l’énergie agit aussi comme un multiplicateur des inégalités, notamment celles liées au genre.

Cet état de l’art pour dire qu’il y a un réel besoin, des raisons d’agir et d’agir vite.

Pour répondre à cette problématique complexe des zones rurales, diverses technologies, généralement basées sur des « systèmes hors-réseau » sont développées et déployées un peu partout à travers le continent pour se rapprocher des derniers kilomètres : installations éoliennes et photovoltaïques, microcentrales hydroélectriques, diffusion des SHS, biogaz etc. 

Malheureusement, on assiste de plus en plus à ce que Valentine Losseau (2015) appelait « le cimetière des projets échoués ». Généralement, soit les installations sont abandonnées par les populations, soit elles cessent de fonctionner pour des problèmes de maintenance.

L’enjeu central sur lequel tous les opérateurs du secteur (ONG, entreprises privées, agences étatiques, bailleurs...) s’accordent aujourd’hui n’est point la production de l’énergie elle-même, mais la pérennité des installations. 

Produire l’énergie, ce n’est pas le problème, mais produire dans la durée.

Les programmes ont un début et une fin. C’est aux populations, aux acteurs locaux que revient principalement la tâche de faire vivre les actions. Il est donc important de faire avec eux. Faire avec eux, voudra dire qu’il faut savoir intégrer les logiques internes, les systèmes de valeurs, ce qui « compte » pour eux.

Comme le fait remarquer Diakité (1985) : « la logique technologique et développementaliste doit savoir être à l’écoute des gens à développer, car la logique interne des sociétés, leur système de valeurs, leur degré de perfectionnement technique et d’adaptation à des milieux naturels ne sont pas souvent pris en compte. […] Forcément, il y a malentendu et conflit, et finalement blocage. Il faut songer dorénavant aux sociétés à développer ».

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